• Hanna Allain nous fait, au jour le jour, le récit de sa soumission ancillaire. Je la remercie pour ce texte.

    Je ne sais pas si c'est une si bonne idée que cela, je viens de recevoir l'aval de Madame... Si je commence, et que je décide d'arrêter, ne m'en tenez pas rigueur... Il y a ce que l'on vit et cette peur de trop dévoiler... Quoi qu'on en pense, la soumission est une affaire intime... Même si on est parfois en représentation sociale... Il y a d'abord de l'effacement, un besoin d'accepter une situation subalterne pour se reconstruire...

    Le moment choisi mène presque toujours au bout d'une forme de servitude, d'un enfermement mental qui débouche sur votre propre personnalité. Celle cachée par l'éducation, la famille bourgeoise ou tout est parfaitement en ordre, la fille que l'on voit grandir et qui nous rend fière de la voir (aujourd'hui) à l'opéra de Bordeaux... Et il le mari de qui l'on se sépare, le travail qui remplit votre reste de vie... Et puis il existe ce petit cheminement mental qui doucement vous fait basculer... Une collection de photos "secrètes" représentant un univers domestique qui vous fait fantasmer. Plus d'une centaine de photos amassées en plus de vingt ans. Rien de méchant, seulement de situations de femmes autoritaires sur les servantes...

     

    A 41 ans ont se dit que tout cela reste de l'enfantillage, mais non, justement. C'est une vrai réalité que l'on s'impose et qui doucement prend racine. Alors on se regarde dans la glace de cette cuisine moderne d'un appartement de Versailles, on a envie de pleurer. Pas même le temps, on vient de sonner à la porte d'entrée.
    Il est 19h30.

     

    Je réajuste la coiffe, le tablier et je vérifie le col de ma livrée grise. Gants blancs de service.
    En silence, d'un pas mesuré, je traverse le couloir qui mène de l'office à l'entrée et j'ouvre la porte. Monique D. amie architecte de Madame sourit en me voyant.
    - "Alors, toujours le plumeau à la main."
    Je n'ai rien dit, seulement souri par politesse.

     

    En silence j'ai plié son trench en cuir de coupe Burberry, alors que Madame, une jeune femme de moins de trente an,s cheveux court, très masculine dans sa féminité, accueille son amie. Elles s'embrassent alors que je me dirige vers le dressing. J'entends simplement la voix de l'invitée dire un :
    - "Elle est encore là celle-là... D'habitude tu les écrèmes..."
    Rire de Madame
    - "Elle peut mettre encore utile... Parlons plutôt de toi... Ou en est ton expo?"

    La cuisine, sentiment d'enfermement.
    Assise sur une chaise, devant la table étroite je termine d'astiquer les couverts en argent que Madame a chiné la semaine dernière.
    J'en suis là, une femme en dérive. Ancrée entre deux univers, celui de ma vie sociale et celui d'une acceptation, la soumission auprès d'une jeune dominatrice qui est devenue mon mentor. Une dérive attendue, et que je souhaitais, une demande de ma part de me sentir dépossédée de mon univers bourgeois. Au fond, rien de bien original... Une bourgeoise qui se fait peur, mais voilà !

     

    Sonnette de service. Le salon.
    Je cogne discrètement à la porte en m'annonçant:

    - "Hanna Madame, votre domestique."

    Le protocole doit être présent, indispensable pour le respect et l'environnement de ma Maitresse... C'est une chose que l'on apprend rapidement, tout comme respirer. Immobile derrière la porte on attend  l'ordre attendu.
    - "Entres !"

     

    La porte refermée, je ne m'avance que de quelques pas. Immobile, mains croisées sur le tablier. Si Madame est debout, une main dans la poche de son pantalon à pince, son amie est assise terminant un verre d'alcool.
    - "Nous ne mangerons pas là ce soir... Mais tu n'es pas libérée pour autant... Je désire que tu sois disponible à notre retour..."
    - "Bien Madame"

    Que dire d'autre, ne suis-je pas à son service, d'ailleurs est-ce que j'existe ailleurs ? C'est une bonne question.
    - "Je te sonnerais."
    Ce fut tout. Rien d'autre, pourquoi d'ailleurs. Ne l'ai-je pas demandée à être ainsi traitée, comme ma bonne ? Ce sentiment me fait, et pourtant le plaisir est là, le sentiment d'infériorité...

     

     

    Dois-je commencer par le début, par ce sentiment qui déborde, par cette drôle de sensation de ne plus accepter ce que ma vie propose... Les images sont là, naturellement, celle d'une enfance "trop bourgeoise" - comme on voit, rien de très original dans cette sensation "amoureuse" en adolescente révoltée de notre domestique...
    Je me refuse pourtant à croire que tout vient de là, de ses moments de solitude ou je me glissai dans la cuisine et que je venais longuement caresser l'uniforme de notre bonne. Sentiment de faire partie de son univers, de sa "société". La frustration aidant et l'éducation qui va avec, je me suis éloignée de l'office
    Jamais je n'ai oublié ma collection, commencée à l'université de Bordeaux...

    41 ans et depuis près de trois ans je suis ainsi à attendre que l'on est besoin de moi que l'on me sonne...  Je me refuse à expliquer ce cheminement, ce plaisir à être ce que je suis devenue et cela plusieurs heures par semaine et parfois le week-end pour une jeune femme masculine (et pourtant très femme). Ma dépendance est cérébrale, tendrement amoureuse parfois teintée de se sentiment qui comble une femme soumise, une forme de vénération et de remerciement d'avoir été acceptée dans un univers que je me suis refusépendant longtemps, avant de  l'accepter concrètement...

    -"Une domestique n'est utile que si l'on s'en sert..."

     C'est par ces mots que ma jeune dominatrice m'accueillit en 2011 (novembre)...  dans son appartement de Versailles. Sans être professionnelle, la domination fait partie de son univers, une façon particulière d'ailleurs, utiliser la soumission comme valeur sociale... Je m'en souviens encore, comme marquée au fer rouge. Me placer, une fantasme qui devient réalité et qui m'a déstabilisée totalement. J'ai honte de cette époque, d'avoir été si nulle. Idiote dans mon comportement. Trop en faire annule le plaisir de la soumission.

    - "On ne joue pas au théâtre chez moi... On suit les codes et le protocole que j'impose..."

    Elle me regarda sans sympathie...

    - "C'est à toi de te faire accepter, de comprendre que tu existes à mes yeux que pour valoriser mon statut statut de femme libre... Et ce n'ai pas parce mon amie Hortense te recommande que je vais faire exception..."

    Madame se leva en ajustant la veste croisée de son tailleur pantalon bleu pétrole.
    - "Une première place est quelque chose d'important..."
    Madame parlait doucement d'une voix rassurante... J'ai baissé les yeux, très mal à l'aise...
    - "Tu t'es présentée comme je le désirais..."
    Tailleur noir sobre (acheté pour l’occasion) chemisier blanc.
    - "Retires ta veste..."

    Madame avait dis cela d'une façon naturelle qui ne souffrait aucun contre ordre.

    - "Et plie la veste d'une façon impeccable sur le dos de la chaise"...

    Ce que je fis.

    Elle est revenue quelques secondes après en disant:

    - "Il y a deux façons de porter un tailleur, avec un collier de perles ou comme toi, une fois la veste enlevée, avec un tablier blanc..."

    Je fus surprise quand elle noua autour de ma taille le tablier qui allait me rendre servile. Je me laissais faire avec une certaine fierté.
    Je crois qu'elle s'en est aperçu.
    - "Boutonnes le col de ton chemisier, pas de négligence pendant ton service..."

     

    Je ne sais pas trop que dire autre que des impressions. J'ai peur également de trop me dévoiler. De me sentir mal à l'aise alors que seulement maintenant, je trouve une sorte d'équilibre dans cette situation de femme dévouée...

    Un mot que j'aime bien, que j'ai découvert dans ce relationnel que j'ai construit avec Madame.
    Comment expliquer ce besoin ? J'écris souvent cela, mais je n'arrive toujours pas à comprendre ma démarche. Je sais naturellement d’où cela vient, mais ce sentiment aurait pu rester un fantasme sans lendemain, tout comme ma collection de photos de servantes qui me faisaient tenir le coup, fantasmer dans leurs fonctions.
    Peut-être est-ce aussi cette élégance domestique qui me fascine toujours, cet uniforme indispensable pour se sentir vivre, ce naturel d'être servante. 

    J'écris... J'écris, et voilà que le temps passe...


    18h00. Il faut que je me change. Ce soir Madame reçoit une amie de son "club Féminin au Masculin". Il faut que je prépare l'indispensable tailleur pantalon de ma Maitresse. Femme masculine ce soir, avec cravate au nœud parfait, sur chemise de soie...
    Madame a écrit sur le panneau de service "livrée Chambord"...  Mon premier uniforme acheté à la "Blouse des Halles" ce lieu n'existe plus aujourd'hui... Dommage, j'aimais bien la responsable qui m'a toujours pris pour une "Dame" dans mes hésitations, me soupçonnait-elle femme soumise ?


    Cela fait étrange de ne pas avoir de lieu à soi. De me changer dans la cuisine. Ajuster mon tablier sur ma tenue, col fermé, poignées également. Même si la tenue est claire, les gants de services sont obligatoires. Je termine toujours par la coiffe, lorsqu'il y en a une. Sinon par mes gants que je ne quitterai pas pendant tout le service, j'en ai toujours une seconde paire si il y avait un problème. Cette transformation est indispensable chez moi... J'y prends grand soin. Un besoin aujourd'hui pour me sentir à la hauteur des attentes de Madame. Le respect aussi, envers cette jeune femme qui est devenue ma Maitresse... Tout cela, je peux l'admettre, fait un peu surannée. Vieux jeu, déplacé. Je le reconnais, mais cela me rassure de me savoir ainsi dépendante d'une main de fer.
     

    18H50.
    J'arrête d'écrire, je n'ai plus le temps, je dois dresser la table.
    Pourquoi brusquement je pense à notre bonne. Est-ce que j'ai envie de lui ressembler autant que cela. Je crois que oui.
    J'ai toujours ce sentiment de ne jamais être à ma place, là ou mènent mes pas, je n'arrive jamais à me satisfaire. Le mal vient certainement de ses longs moments d'enfance ou je trainais plus avec notre bonne qu'avec maman, qui virevoltait entre deux expositions et sa galerie d'Art. Femme artiste qui ne voyait (et voit encore) le monde qu'à travers le prisme étroit et superficiel de sa galerie d'Art.
    Je qui le clavier parce que l'on vient de sonner à la porte.  


    Jeudi 9h45
    Le bureau.
    La distorsion est forte, et il m'arrive de pleurer. J'ai du mal à survivre avec ce grand écart presque journalier, entre ma fonction subalterne chez Madame et mon job. Pourquoi (encore) suis-je si mal dans ma peau ? Encore et toujours ?
    Je garde secrètement dans un dossier à mon bureau une photo amusante, une photo publicitaire. Il y avait donc une époque ou dans les journaux on traitait la mode domestique avec "presque" le même égard que celle des Maitresses. J'envie cette époque. Je crois avoir vue ce cliché colorisé sur internet...

    Hier soir je me suis sentie invisible. Madame ne m'adressa pas un mot. C'est rare. Immobile dans la salle à manger, près de la desserte, j'étais en fonction - service dit à l'anglaise - la domestique reste présente pendant tout le diner, à la différence du service à la française ou la bonne est à la cuisine et n'est sonnée que lorsque l'on a besoin d'elle.
    Droite, mains gantées croisées sur le tablier, le regard droit, momifiée.


    N'est-ce pas aujourd'hui ce qui me représente le mieux ? Ne pas exister, autre que lorsque ma jeune Maîtresse le désire ! Cela me rassure naturellement mais il y a ce petit picotement, être près de l'élégance de Madame, me sentir dépositaire de son pouvoir sur ma personne, de cette vénération que je lui porte.
    Madame, masculine à souhait gardait toute sa féminité, et je l'enviais d'oser être ce qu'elle désirait... Une femme libre. Tout comme l'amie de Madame que j'ai déjà rencontrée. Elle aussi jouant avec les codes masculins. Je n'ai bougé que trois fois, une première pour ramasser la serviette tombée à terre de l'invitée de Madame et la changer, une seconde pour changer les assiettes et enfin pour libérer la table...


    Service d'accueil avec le long manteau militaire de Madame et l'imper court de l'invitée. Protocole imposé par Madame.
    - "Tu attends notre retour pour que je t'autorise à quitter ton service."
    Ce fut les seuls mots. Rien d'autre.

    Nouveau moment de solitude, de sentiment d'abandon. Je sais que je ne devrais pas écrire cela, mais voilà, cette solitude fait partie intégrante de ma fonction de domestique, ce désir d'être en harmonie avec les désirs représentatifs de ma Maitresse, me rend étrangement calme, une normalité dans ma soumission sociale, offrir son temps à une servitude voulue.

     

    Midi... Je déjeune sur le pouce avec la jeune sœur qui se désole pour moi.

    Le partage de mes vies n'est pas une chose simple. Ma jeune sœur est ma confidente. J'ai l'impression quand je la vois que c'est elle l'ainée, elle qui est mature. Je me sens gamine.
    - "Et ce petit jeu va-t-il encore durée longtemps ?"


    Je n'ai rien dit, comme souvent devant ma sœur autoritaire. 
    Elle souria et s'en amusa de mon silence gêné. Que dire. Rien, peut-elle comprendre, en fait j'en ai pas trop envie. Nous pris notre repas ponctués de silence et de questionnement - - "Et tu compte jouer à la bonniche comme cela jusqu'à la fin de ta vie ? Tu ne crois pas que ce petit jeu est infantile ?" 


    Je n'aime pas répondre aux questions, je crois que je réponds toujours à coté, comme une gamine prise en faute. La honte est là, naturellement comme une femme qui rêvait d'être princesse et qui se retrouve à l'office.
    - "Tu passe combien de temps chez elle ?"
    - "Je lui dois une 20 d'heures par semaine."

    Elle me regarda avec de grands yeux:

    - "Tu lui dois ?"

    J'ai éclaté de rire devant son regard étonné.
    - "Je ne veux pas t'expliquer ce que je suis devenue pour elle... J'aurai  mieux fait de ne rien dire..."


    Elle me regarda, inquiète, mais pas résignée.
    - "Elle te traite bien au moins ?"


    Comment expliquer que brusquement dans ses paroles, dans cette façon de me parler, il y avait comme une sorte de reconnaissance de ma soumission sociale... J'avoue que j'étais émue. Je crois qu'elle s'en est aperçue.

    16h.
    Lorsque je mange avec ma sœur, je prends toujours mon après-midi, je ne sais jamais avec elle quand le diner se terminera. Mais là, j'ai été franche. Je lui ai dis que je devais me rendre disponible pour Madame... Et son interrogation cingla!

    - "Parce qu'en plus tu l'appelle Madame !"


    Après avoir été cherché le courrier de Madame chez le gardien je monte en silence jusqu'au troisième étage. Et ouvre la porte. Depuis maintenant plusieurs mois Madame me laisse un double de ses clés, une belle confiance... Direction la cuisine et le changement demandé par ma Maitresse écrit sur le tableau de service de la cuisine "Sois prête pour 17h". Rien d'autre. Ce qui signifie, que je me présenterai lorsque Madame rentrera, en jupe noire, chemisier blanc et tablier. Rien que de très normal, on applique le protocole sans y penser tout en pensant à col bien fermé, et poignets idem. Je pense à ma sœur et je me dis qu'elle me prendrait pour une idiote à être ainsi, nouant mon tablier blanc, signe d'asservissement...


    Une fois prête, j'enfile ma blouse de travail (j'aime ce mot pour cette blouse toute droite sortie du catalogue professionnel ARMANT pour femme de ménage)

    Gants mapa et me voilà comme souvent le lundi après-midi lorsque je prends mon service à commencer par la vaisselle. Mise en condition par Madame qui aime me voir ainsi. On s'habitue à cela, on s'habitue à ne devenir que cela, pour le plaisir enfin réalisée de vivre comme une subalterne.  Mais comme souvent la porte d'entrée sonne bien avant que je n'ai terminé mon travail, je retire ma blouse, tire sur mon tablier - être présentable, simplement - et ouvrir la porte. Madame.


    Je l'aide en silence à retirer son trench, puis le plie sur mon bras.
    - "As-tu préparé mon thé ?"
    - "Oui Madame..."


    Ce fut tout. Rien d'autre. Il n'est plus question avec Madame d'un autre rapport que celui de la hiérarchie. Madame ne m'avait-elle pas prévenue lorsque nous nous étions vue, amoureusement. "Je crois que tu as besoin plus de moi, que moi de toi..."
    Elle m'avait tendrement embrassée comme un homme auquel elle désirait ressembler. Trop femme pourtant dans les caresses que je ressentais sur mon corps. Je me sentais dériver, tendrement dépossédée de ma volonté... Un amour au féminin peut-être aussi violent.
    - "Je ne suis pas une femme douce, j'aime que l'on me respecte, j'aime le pouvoir sur ceux qui sont faible."


    Nos regards se croisèrent, nos lèvres s'effleurèrent, je tremblais, moi femme mur et elle jeune dompteuse.

    -"Si tu aimes obéir, tu seras comblée ma chérie..."

    Encore le silence, avec se sentiment que je passais un pacte avec le diable. Cela ne me faisait pas peur, je ressentais enfin quelque chose qui me ressemblait...

    Coup de sonnette me voilà sortie de mes drôles de souvenirs...
    - "Oui Madame... Je cours rejoindre ma Maitresse dans le salon."

    Ma jeune sœur me verrait, elle serait horrifiée. Peut-être d'ailleurs aurait-elle raison. Me voir ainsi, peut en amuser plus d'un, un petit toutou domestique courant au sifflet de la Maitresse. Vivre avec la servilité apprise.
    Madame était debout et regardait le sol... Le thé renversé au sol. Rien de bien méchant mais je sais que ma Jeune Maitresse à horreur du désordre.
    - "Je reviens tout de suite Madame..."
    - "Dépêches toi !"


    Là encore c'est tout. Pourquoi plus et me voilà quelques instant après à quatre pattes nettoyant le thé au sol alors que Madame énervée s'est assise dans un profond fauteuil club en décrochant son portable. Un micro temps humiliant avant de disparaitre devant l’indifférence de Madame. Cette honte existe bien, en moi qui nourrit le sentiment trop longtemps refoulé d'une désirant se sentir "bonne à tout faire".
    La cuisine à nouveau, je remets ma blouse et termine la vaisselle... Un bel avenir pour une bourgeoise. Je ne me sens pas très originale dans cette recherche, même un peu lâche dans ma détermination.

     

    Aujourd'hui j'ai quitté mon bureau pour rejoindre ma Maîtresse à la gare. Madame revient et elle m'a demandée de l'attendre à son arrivée. Un claquement de doigt et j'accours. Je deviens un vrai toutou.  Le temps de me changer à la maison et me voilà en tailleur gris, veste droite à col officier, dans la neutralité de ma fonction. On apprend à changer de peau à devenir l'image que votre Maîtresse attend de vous... Cela a été difficile on apprend par ses impositions vestimentaires le respect que l'on doit. Comment expliquer cela si l'on est pas domestique ?

    Long manteau en cuir (cache poussière) tailleur pied-de-poule parfaitement ajusté (très années 50)... Sur le quai Madame me voit, sourire de circonstance en me donnant la poignée de sa valise à roulette.

    - "Je suis sur que je t'ai manquée" me dit-elle alors que nous nous dirigeons vers les taxis. 
    - "Je ne rentre pas tout de suite..."


    Cela voulait naturellement dire que je devais aller à la maison avec la valise en transports en commun.
    - "Tu reviendras te mettre à ma disposition en fin d'après-midi, je t'attends à 16h à la Closerie".
    - "Bien Madame."


    Drôle de sentiment d'être ainsi sur un quai à recevoir comme à la maison des ordres. J'avais l'impression que tous les regards se portaient sur moi. Mais non, à part deux où trois il y avait, là, une sorte d'indifférence.
    Madame prit son taxi et moi  les transports en commun.


    Il est difficile d'expliquer ce que je ressens, que j'ai pendant le retour à la maison. Je me sens responsable. Mon tailleur à col officier me singularise sans pour autant devenir une bête de scène, comme le voulait Madame lors du choix vestimentaire.

    - "En ma présence tu porteras le trousseau que j'aurai choisi pour toi... Tu as ma fille une représentation sociale à valoriser...  Ta soumission sociale doit être à la hauteur de ma représentation."


    Il y a des moments comme cela qui reviennent en mémoire, qui sentent étrangement bon (et oui !). Ce début de servage, ce moment trop longtemps fantasmé pour enfin me retrouver devant une jeune femme aimant "posséder". Un cheminement qui est passé par des étapes aussi étranges que de me retrouver femme de chambre dans un hôtel à Tours pendant mes vacances pour vivre ce que je possédais comme image de collection. Sentiment d'être enfin ce que j'avais rêver... Femme de ménage pour une amie qui ne m'a pas compris ou pas voulu voir en moi la possibilité de sa domestique...  J'ai l’impression dans mes démarches de me sentir idiote, masochiste, naturellement, incompréhensible pour beaucoup. Pas pour moi. Combien de fois mes pas m'ont conduit  rue Ranelagh devant cette boutique qui me faisait rêver.


    A peine arrivée à la maison que mon portable de service sonne.
    - "Madame."
    - "Tout compte fait, je n'aurai pas besoin de toi à la Closerie... Attends moi jusqu'à mon arrivée."


    Ce fut tout, un clic pour fin de discussion. Seule chez madame. Et me voilà à reprendre le protocole de mon service. Je me refuse d'expliquer que cela me rend fière d'avoir ainsi osée briser la glace de mon environnement sociale, d'avoir été jusqu'au bout de mes petites sensations serviles.
    Je me suis changée doucement avec cérémonie pour passer une des mes trois livrée de domestique. Là encore il est important de suivre le protocole, de ne pas porter à n'importe quelle les tenues précises.
    Comme déjà écrit en court d'après-midi et jusqu'au soir si il y a un service c'est  le modèle Iris...


    Et me voilà prête dans ma fonction que je ne rejette plus aujourd'hui.
    Sonnette, celle de la porte.
    J'ajuste mon tablier avant d'aller ouvrir (toujours ce petit pincement au cœur, cette appréhension ). Moi qui n'ai jamais aimée être en représentation me voilà comme souvent lorsque Madame n'est pas là en première ligne.

     

     Drôle de tête. Je n'avais pas l'impression d'être convaincue. Mal à l'aise, naturellement dans cette fonction. Un an et demi de chômage en pointillé depuis que l'entreprise ou j'étais secrétaire a fermé. 

    C'est un peu idiot, je l'avoue de raconter sa petite vie comme cela. De dire que le Pôle Emploi me promettait un avenir radieux dans l'hostellerie. Mais le travail est là, lorsque les diplômes de secrétariat ne suffisent plus. Je ne sais pas si je dois continuer à écrire. Cela me fait du mal et en même temps il y a comme un soulagement. Naturellement que le stage m'a permis de trouver une place, une première pour moi. 


    Cette place d'employée de maison m'a fait fantasmer une vie de femme devenue soumise de part sa fonction de subalterne. Ce n'est pas un vain mot. Rien de méchant naturellement simplement accepter et surmonter sa honte d'être devenue la bonne d'une famille israélite. Rien n'est simple mentalement alors on se réfugie dans l'imaginaire... Comme déjà écrit, comme si j'avais besoin de me justifier d'être celle qui porte les valises... 


    Aujourd'hui me revoilà dans l'instabilité. Mes patrons vont quitter la France et lundi a été mon dernier jour. Madame me laissant la journée pour faire le ménage entièrement  avant que l'agence ne visite l'appartement pour l'estimer. 
    J'avoue que j'aurai aimé faire partie des meubles comme les domestiques de l'ancien temps. Je crois que bien plus qu'un fantasme de la soumission (aujourd'hui présent) c'est quelque de plus profond. Être employée de maison me sécurise, un peu comme si définitivement je me sentais sous  protection.


    Comment reprendre mon texte sans penser à mon licenciement ? 
    Même si Madame m' a trouvée une agence de placement et que Madame m'a promis de me présenter à des amis pour une éventuelle place... Je suis mal à l'aise  dans cette attente...

    Essayons de continuer en gommant l'avenir incertain qui se profile.
    Comment écrire autre chose que de me savoir servante. 

    Madame a été horrible avec moi hier soir... Enfin, je ne sais pas. Je ne devrais jamais prévoir quelque chose maintenant. A chaque fois que mon téléphone sonne, je me dis que c'est Madame. Une fois sur deux c'est vrai. 
    - "Tu seras naturellement à ma disposition ce soir."


    Ce fut tout. Et me voilà dans l'impossibilité d'honorer le repas de maman. Comme souvent mon ventre se noue. La normalité de la soumission est là dans l'apprentissage de vivre pour autrui (j'offre à Madame entre 20 à 25 heures de services par semaine, WE compris). Et me voilà  naturellement à obéir comme un toutou bien dressé et ma mère insupportable à mon égard devant ma résignation à l'obéissance:

    - "Mais qui sait cette femme qui te fait marcher à la baguette ?"

    Ma sœur éclata de rire...

    - "L'amour vache, maman tu ne peux pas comprendre, je t'expliquerai."

    J'ai envoyé un regard noir à ma jeune sœur qui semble se moquer de moi, me poussant dans mes retranchement. 

    19h00 chez Madame, déjà sur son trente et un.

    - "Si je devais attendre ma bonne pour me faire séduisante, ou je serai aujourd'hui..."

    Je n'ai rien dit comme souvent maintenant. Madame portait un tailleur pantalon gris perle à même la peau. Un collier de perle autour du cou. Je l'envie. 
    - "Dépêche toi de te changer "... 
    Ce qui signifiait que je ne portai pas de livrée, mais ma jupe droite noire, chemisier blanc et tablier. Je me suis changée à la cuisine et comme souvent j'y reprends mes marques comme si je n'avais jamais quitté la maison. C'est aussi ce que j'aime.
    - "Nous sommes deux... "

    Là encore le silence alors que je dresse la table. Madame au téléphone plaisante avec une amie ou un ami, assise dans un de ses trois profonds fauteuils clubs en vieux cuir beige puis me regarde terminant de dresser la table:

    - "Tu descendras au traiteur chinois, la commande a été passée."

    J'ai osé un:

    - "Bien Madame."
    - "Non chérie, c'est adressée à ma bonne... Comment ? Ne me parle pas...."

    Je vis la normalité domestique comme une seconde vie. En fait j'ai l'impression de ne plus être autre chose dans cette envoie de femme soumise. Et me voilà (c'est amusant en l'écrivant) dans ma tenue de bonniche à faire la queue chez le traiteur. Je n'y avais même pas pensé. Cela m'a fait du bien de ne plus penser à ma tenue... C'est arrivé d'un coup. Il y a encore quelque temps je me serais arrangée pour passer un manteau ou un imper... Pour dissimuler ma médiocrité servile. J'aime aujourd'hui penser que je ne vaux pas grand-chose. Où il est le temps ou derrière le bureau, en bonne secrétaire je me pomponnais et m'habillait dans la séduction !

    Retour à la maison ou j'organise les plats pour le repas, sort le rosé frais et je termine par m'asseoir en mettant mes gants de service et attendre. Encore et toujours. Comment expliquer l'inexplicable. Ce plaisir personnel à rester seule et à attendre que l'on me sonne. Comme j'aime consulter les photos de ma collection sur le vieille ordinateur de la cuisine qui sert à faire les commandes.  

    Coup de sonnette et me voilà à l'entrée et j'ouvre la porte. Une femme que je crois avoir déjà vue, lourd ciré gris de coupe des années 70 qu'elle me donne sans me voir, tout sourire vers Madame:

    - "J'ai eu peur que tu  n'ai pas reçu mon message, disant qu'Alexis ne pouvait pas venir. Il est perturbé par son expo, le choux."

    Elle éclate de rire et les deux femmes s'embrassent.

    - "C'est ça ta protégée ?" lança l'invitée dont je n'arrivais pas à mettre un nom sur le visage.

    Madame éclata de rire la femme ajouta en entrant dans le salon / salle à manger:

    "Elle est pas un peu vieille ?"

    C'était dit comme cela, sans méchanceté, plutôt comme une sorte de constat. Mais cela fait mal. Cette femme portait une robe évasée, printanière, dont une large ceinture beige cintrait la taille. Très rétro. Elle rappelait maman.

    - "Je te sonnerai pour le diner". 

    Et me voilà seule. A la cuisine à m'occuper comme je peux. Dois-je vous avouer que la réflexion de l'invitée de Madame m'a secouée. Sentiment servile dans cette acceptation... "Trop vieille !" 

    Coup de sonnette. 
    Je pousse doucement la desserte sur laquelle les différents mets chinois sont proposés. 


    - "Tu restes là, je peux avoir besoin de toi."
    - "Elle va faire le pied de grue pendant toute la soirée ?"
    - "Tu veux que je la renvoie ?" 

    Haussement d'épaule de la femme aux cheveux courts. 
    Geste sec de Madame me demandant de rejoindre mon coin. Dans un angle, droite j'attends. Mains gantées croisées sur le tablier. Tout mon monde. J'ai toujours du mal malgré le temps et mon éducation à comprendre que je suis cela aujourd'hui. Je l'écris trop souvent. Mais je me sens comme dépositaire de cette image infantile de cette femme qui ne sais plus que dire "oui madame".


    Comme souvent, je sers de décor social. Rien d'autre alors mon esprit vagabonde et je pense à ce qu'aujourd'hui je ne serai plus jamais parce que il m'est impossible de revenir psychologiquement en arrière. Je suis prisonnière de mes désirs masochistes. Je pense à maman et à sa réflexion, comment lui avouer. Car il faudra bien un jour briser la glace.
    Le temps du diner me parait interminable. Madame et son invitée discutent du film qu va sortir et qu'elles ont vu en avant première (une nouvelle adaptation du Journal d'une femme de chambre), alors Madame se retourne vers moi en m'adressant la parole d'une façon désinvolte:

    - "Et si on te débaptisait" me demanda-t-elle en riant puis se retournant vers son amie.

    - "On pourrait l'affubler du prénom de Célestine..." 


    L'invitée ria en disant:

    - "Tu ne trouves pas que cela fait ringard ?"


    Et Madame se levant de table en même temps que son invitée:

    - "Parce que tu trouves qu'être domestique c'est pas ringard ?" 
    - "Allez Célestine débarrasse..."
    - "Bien Madame" dis-je en retenant une fois encore de pleurer.

    L'humiliation est ainsi, je pleure ou je me retiens de pleurer et une fois à la cuisine le plaisir est là, d'être reconnue pour ce que je suis devenue. 
    Madame et son invitée se retrouvèrent au salon.

    Une fois à la cuisine la fontaine s'est mise à couler en me demandant combien de temps encore j'allais subir cela. Je me dis toujours cela et je m'aperçois qu'il est plaisant d'être ainsi cette femme qui sans broncher reçoit les sarcasme de sa Maitresse comme pour la valoriser. Est-ce cela qui me plait, vivre ainsi dans l'humiliation pour valoriser le "Monde" de Madame ?

    Coup de sonnette.

    - " A ma petite Célestine."

    L'invitée souria en me fixant avec attention. 
    - "Pas de lave-vaisselle ce soir... Retrouvons le savoir ancestral des domestiques... Tu feras la vaisselle à l'eau froide..." 

    Madame semblait heureuse de sa trouvaille et ajouta:

    - "Pour que cela soit complet, tu sortiras les glaçons du réfrigérateur et tu les mettras dans le bac..."


    C'était horrible. 

    - "Allez ma fille ton travail t'attends..."

     

    FIN

     


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